La Voix du Nord, vendredi 8 janvier 2010

le surendettement menaçant l'humanité
La patte d'Eva Valejo et Bruno Soullier s'est posée sur la scène du théâtre de l'Idéal ...

Avec Dehors peste le chiffre noir , c'est bien l'esprit de la compagnie L'Interlude T/O qui souffle. Metteurs en scène et metteur en son de la compagnie le savent, le texte proposé était du domaine du pari risqué. On n'est pas ici dans le principe de la narration classique, pas de personnages déterminés, d'histoire simple. Au détour de soixante-dix saynètes, le texte de Kathrin Röggla passe au scalpel des mots la question du surendettement. Lorsqu'elle est tombée sur le texte - qui n'a jamais été monté en France - il y a plus de deux ans, la crise n'avait pas encore fait ses ravages. Le surendettement, ça intéresse qui ?

Aujourd'hui, le texte est d'une actualité désarmante.

L'auteure essaye de ne pas juger, elle se contente de constater, de se placer du côté des surendettés mais aussi de ceux qui gèrent, de ces organismes de crédit où travaillent des gens. Pousser à la consommation des autres, seul moyen apparent de garder son propre travail. Mais avec bonne conscience quand même. « On n'est pas un monstre », martèle un des personnages en séance d'autodéculpabilisation.

Pour mettre en espace cette espèce de « rubik's cube débridé », comme l'appellent ses concepteurs, il faut tout le talent de l'équipe et du scénographe Hervé Lesieur. On assiste à une véritable chorégraphie des mots et des corps. Une danse comme le font les chiffres quand il s'agit de gérer nos comptes, nous débiter, nous créditer, nous embrouiller. L'auteure ne nous donne pas de réponses, elle nous aide juste à nous poser de (justes ?) questions. Est-ce qu'on est seulement parce qu'on a ?

Et l'on ressort de la pièce en se demandant s'il y a un moyen de faire autrement. Au fil de la pièce, il est parfois difficile de rester concentré, mais cela revient vite et l'on est rattrapé par des moments de poésie, des images fortes et quelques trouvailles liées au travail d'éclairage de Xavier Boyaud, digne des oeuvres de James Turrell. Comme toujours, Bruno Soulier signe la musique en direct avec le guitariste Ivann Cruz et la violoniste Léa Claessens.

Christian Vincent


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